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Humeur

Sa toute première rentrée, son abondance de confiance et de joie.

3 septembre 2016 Famille, Humeur

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Mon amour de petite fille. Ma fille un peu sauvage, qui a du mal à se livrer et a aller vers ceux qu’elle ne connaît pas. Les jours précédents la rentrée j’ai senti cette boule, vous savez cette boule qui s’installe dans votre gorge et dans votre bide. Celle qui nous rappelle qu’il va y avoir un changement dans notre vie et qu’on ne sait pas vraiment l’aborder. Celle qui vous gêne dans la gorge à chaque déglutition, et celle qui vous donne mal au ventre.

Ce bébé que j’ai gardé, que je n’ai jamais mise en crèche, ni au centre aéré et ni à la nounou. Je l’emmenais bien sûre dans des lieux publics mais c’était toujours un peu « qu’entre nous », pas par non-respect mais parce qu’elle est comme ça ma fille, elle a un peu peur d’aller vers les autres, et elle préfère jouer toute seule. Je me demandais alors comment allait se passer sa toute première rentrée. Celle où j’allais sûrement la voir hurler en me tendant les bras. Celle qui allait se confiner dans un coin en attendant la fameuse heure des parents qui reviennent.

La nuit avant cette nouvelle étape de sa vie m’a été horrifique. Du mal à trouver le sommeil, le peu que je dormais je me réveillais. Je crois que le plus dur, c’était le matin, quand je l’ai préparé et que je la motivais (sans grande conviction intérieurement, je l’aurais bien garder avec moi une année de plus…).

Le départ a sonné, je l’ai emmené en ne cessant de me demander comment ça allait se passer. Elle a reconnu sa maîtresse qu’on avait rencontré en juin. Je lui ai mis ses « trop super » chaussons Peppa Pig qu’elle a choisi elle-même. Je n’ai pas eu le temps de me lever qu’elle était déjà partie dans la classe. Je suis restée accroupie, un peu bouche bée, un peu surprise. Et je l’ai rejointe discrètement, pour imprimer les images qui se déroulaient devant mes yeux dans mon cerveau.

Elle a couru vers la cuisine en bois, la même avec laquelle je jouais petite puisque, 20 ans auparavant, j’étais dans cette-même classe, cette même école. Elle m’a fait gouter une poire qu’elle venait de sortir du four avec son sourire le plus large qu’elle pouvait dessiner. Je crois que c’était la meilleure poire de ma vie! Celle de la victoire.

Pourquoi ai-je eu si peur? Depuis toute petite je fais tout pour qu’elle ai confiance en elle et en moi/nous. Je lui explique tout, tout le temps pour qu’elle comprenne ce qui se passera et que je ne l’abandonnerai JAMAIS. Alors finalement, avec du recul non ça ne m’étonne pas. J’aurai dû croire en elle un peu plus et me faire confiance à moi-même également. Comme elle l’a fait pour elle-même.

Je vous laisse imaginer combien ma fierté était énorme. Combien j’avais envie de la serrer fort dans mes bras avant de partir. Combien j’avais peur de la laisser et de ne pas avoir de nouvelles en temps réel. Combien j’ai eu envie de pleurer sur le chemin du retour. Combien j’ai pleuré en rentrant.

Mon amour a fait sa toute première rentrée et ça c’est super bien passé!

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Mais ferme ta bouche!

4 août 2016 Humeur

 

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« La misophonie, littéralement « haine du son », est un trouble neuropsychiatrique rarement diagnostiqué mais commun1 caractérisé par des expériences négatives (colère, haine ou dégoût) déclenchées par des sons spécifiques« . L’intensité des sons peut être élevée ou faible« 

Je me vois encore parfaitement assise à ma place habituelle sur la table ronde familiale dans le salon. Âgée d’une petite dizaine d’années. Nous avions l’habitude de manger devant la télévision. Et chaque soir j’espérais pouvoir augmenter le son du poste de tv pour camoufler les bruits de mastications de ma famille. Au début je ne laissais rien paraître, je gardais la boule de colère en moi et je mangeais vite fait bien fait avant que cette boule ne grossisse et m’emporte. Et puis avec le temps j’ai perdu patience. J’ai commencé à lancer des regards hyper menaçants à mon père ou ma mère. Ils n’ont pas remarquer directement. En même temps c’est normal, eux n’ont rien à se reprocher, ils ne mangeaient pas comme des porcs, ils mangeaient normalement et j’entendais. Et une fois que j’entendais un seul bruit, le repas était fini car je savais que du coup j’allais entendre tout les autres. C’est un cercle vicieux sans fin.

Et puis un jour ils ont remarqué. Ils ont surement entendu un soupir ou vu un de mes regards noirs. Quand je leur ai expliqué j’ai eu le droit à des rires et de l’incompréhension. Ils ont sûrement dû prendre ça pour une de mes nouvelles lubies, ou une attaque. Mais s’en était rien. C’était plutôt le contraire, c’est moi et moi seul qui me sentait agressée.

Avec le temps ça s’est empiré. Jusqu’au jour où j’ai décidé de ne plus manger à table avec eux mais dans ma chambre seule. Je me suis écartée de ma famille mais j’étais tranquille. Evidemment je n’ai pas été prise au sérieuse. C’était moi qui faisait des manières, moi qui embêtais mon monde et qui gâchais les moments de repas. Je me suis renfermée. Ils n’ont donc pas fait d’efforts, ou très peu et sans chercher à comprendre. Je vous laisse imaginer mon état d’énervement lorsque dans une file d’attente la personne devant moi mastique un chewing-gum la bouche ouverte.

« Une fois engagée dans le trouble de misophonie, un cercle vicieux s’enclenche et la personne devient plus attentive et par le fait même plus affectée. La misophonie apparaît à un très jeune âge, durant l’enfance, ou pendant l’adolescence, et s’aggrave avec l’âge? »

C’est un état incontrôlable. La colère m’envahit au plus haut point. J’ai littéralement envie de prendre la tête de la personne en face de moi, peu importe qui elle est et de l’éclater jusqu’à ce que la mâchoire soit défoncée. Les mots sont forts mais sans retenus c’est réellement ce que j’ai envie de faire sur le moment T.  Je me met dans des états pas possible. Et pourtant j’aimerais que ce soit plus simple, moins ahurissant mais c’est plus fort que tout.

« Les individus atteints de misophonie sont le plus souvent agacés, voire enragés par des sons spécifiques, des bruits dits « normaux » mais ne sont pas agacés par les bruits qu’ils produisent eux-mêmes. Les sons spécifiques provoquent des émotions négatives (colère, haine, dégoût) et de fortes pensées négatives visant à faire arrêter la source du son. Les sons problématiques sont souvent des bruits considérés comme « normaux » et « quotidiens », et sont en général de faible intensité. Ces quelques exemples de sons spécifiques incluent : l’aspiration de liquides (slurp), raclement de gorge, se couper les ongles, se brosser les dents, mâcher de la glace pilée, manger, boire, déglutir, respirer, renifler, parler, éternuer, bâiller, l’eau de la douche qui coule, marcher, mâcher un chewing-gum, rire, ronfler, taper sur un clavier d’ordinateur, tousser, fredonner, siffler, chanter, dire certaines consonnes ; ou des sons répétitifs ; mais aussi le clic de la souris d’ordinateur, le tic tac de l’horloge. »

Depuis que j’ai déménager ça va évidemment mieux, mes proches savent que je ne supporte pas et en ce qui concerne mes filles j’essaie de faire un effort tout en leur expliquant qu’elles peuvent limiter leurs bruits de bouche en la fermant. Et le soir je mange seule, les repas sont donc tristes mais moins pesant.

Il y a quelques années j’ai découvert que ce que je vivais était un réel trouble neuro/psychologique et non une folie de ma part. J’ai beau prendre sur moi ça n’est donc pas dépendant de ma volonté. Et bien figurez-vous que bizarrement ça m’a soulagé d’apprendr que c’était un dysfonctionnement.

« Les misophones peuvent ressentir des symptômes physiques comme la transpiration, la tension musculaire, et même un rythme cardiaque accéléré. Certains sont également affectés par des stimuli visuels, tels que des mouvements répétitifs des pieds ou du corps, des gigotements, ou le mouvement qu’ils observent du coin de l’œil ; cela est appelé misokinesia, signifiant la haine du mouvement10. Une intense anxiété et un comportement d’évitement peuvent se développer, ce qui peut conduire à une diminution de la socialisation. Certains individus sentent la compulsion d’imiter ce qu’ils entendent ou voient comme une stratégie d’adaptation16. »

Apparemment aucun traitement n’existe, ce qui ne rassure pas. Il ne me reste donc plus qu’à prendre sur moi. C’est un réel exercice de contrôler l’incontrolable croyez moi.

Alors NON! Nous ne faisons pas chier notre monde volontairement. Non c’est vraiment très difficile de vivre ça. Oui c’est un enfer pour nous mais aussi pour l’entourage qui lui aussi perd parfois patience face à nos accès de colère pour des bruits qui leurs paraissent normaux. Mais s’énerver face à nous n’arrange rien. Des fois juste de voir la personne en face de nous faire un effort nous calme.

OUI on essaie de faire des efforts. OUI on sait que ce n’est pas facile pour vous et on se sent coupable de ce que tout ça engendre mais rappelez vous que c’est INCONTRÔLABLE!

La dame de l’abribus

1 août 2016 Humeur

Elle est arrivée. Sans aucunes hésitations, avec tout le culot qu’elle représentait. Un énorme sourire laissant voir quelques trous dans sa mâchoire déformée. La voix qui portait et l’assurance, encore et toujours. Une dame qui nous a souri instinctivement. Sans nous analyser avant. Spontanément. Parce qu’elle avait l’air comme ça : simple et spontané.

Elle est ce genre de personne qui te déballe toute sa vie sans retenue, sans pudeur alors que ce n’est que la première fois que vous vous rencontrez sur cette terre, sur cette vie en particulier. Alors tu écoutes. Tu l’écoutes tout d’abord parce que tu sais qu’elle en a besoin. Cette dame, peu importe qui elle est, en a besoin. Et puis tu le fais un peu pour toi aussi, peut-être qu’elle t’apprendra quelque chose, même malgré elle.

En y pensant, il y a quelques années en arrière elle m’aurait bassiné. J’aurais sûrement eu envie que le bus arrive vite pour l’arrêter de causer sans que ça ne sorte de ma propre bouche et paraître impolie. Je n’en aurais peut-être eu rien à faire que le soir elle allait manger du chou-fleur qu’elle trouvait deux fois moins cher à Lidl plutôt qu’à Match. Mais je ne suis plus cette personne et tant mieux.

J’ai regardé la coloration qui était en train de s’estomper et qui laissait apparaître des cheveux grisonnants sur ses tempes. Elle a dû le remarquer puisqu’elle m’a dit dans les minutes qui ont suivies qu’elle allait prendre rendez-vous chez le coiffeur : « c’est que ça revient vite à faire les colorations, surtout à mon âge. »

La soixantaine. Elle avait la soixantaine, semblait fatiguée avait les jambes et les chevilles gonflées mais attendait ce bus pour partir au travail. Au travail! Elle se levait, encore à son âge, chaque matin pour aller travailler. Elle avait bien le droit de s’en plaindre un moment !

Je l’ai écouté pendant de longues minutes. On s’est mises à parler de ses enfants, et des miennes qui étaient sages. Ce qui l’étonnait. De leurs cheveux. Quelques particules de nos vies se sont entremêlées le temps d’attendre ce « foutu bus qui n’était jamais à l’heure » m’a t’elle dit, déconcertée. Ces minutes qui nous paraissent interminables lorsque l’on est seule mais qui sont passées tellement plus vite à ces côtés à parler de la pluie et du beau temps, des ces foutus bus, de fruits et légumes et de sa vie un peu plus personnelle.

Puis le bus est enfin arrivé. Et malgré le fait qu’elle ait été en retard elle a quand même dit bonjour, avec le sourire. Le brouhaha ambiant et les enfants qui prenaient à peu près toutes les places assises m’ont fait comprendre que j’allais devoir jongler avec la poussette et la grande qui ne savait plus où se tenir.

Et puis des mains se sont tendues vers elle. Celles de la dame de l’abribus. Qui l’invitait à venir. Et sans aucunes hésitation, ma fille dandinant au rythme des secousses du bolide s’est accrochée à elle. Ma fille qui d’habitude fait peu confiance, n’accepte aucune aide. Sa petite conscience lui a chuchoté qu’elle pouvait y aller.

Elle s’est attachée à elle. Elle l’a protégé du mieux qu’elle a pu au milieu des rires et de la radio qui raisonnait au milieu des discussions de ces enfants.

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