Mais ferme ta bouche!

4 août 2016 Humeur

 

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« La misophonie, littéralement « haine du son », est un trouble neuropsychiatrique rarement diagnostiqué mais commun1 caractérisé par des expériences négatives (colère, haine ou dégoût) déclenchées par des sons spécifiques« . L’intensité des sons peut être élevée ou faible« 

Je me vois encore parfaitement assise à ma place habituelle sur la table ronde familiale dans le salon. Âgée d’une petite dizaine d’années. Nous avions l’habitude de manger devant la télévision. Et chaque soir j’espérais pouvoir augmenter le son du poste de tv pour camoufler les bruits de mastications de ma famille. Au début je ne laissais rien paraître, je gardais la boule de colère en moi et je mangeais vite fait bien fait avant que cette boule ne grossisse et m’emporte. Et puis avec le temps j’ai perdu patience. J’ai commencé à lancer des regards hyper menaçants à mon père ou ma mère. Ils n’ont pas remarquer directement. En même temps c’est normal, eux n’ont rien à se reprocher, ils ne mangeaient pas comme des porcs, ils mangeaient normalement et j’entendais. Et une fois que j’entendais un seul bruit, le repas était fini car je savais que du coup j’allais entendre tout les autres. C’est un cercle vicieux sans fin.

Et puis un jour ils ont remarqué. Ils ont surement entendu un soupir ou vu un de mes regards noirs. Quand je leur ai expliqué j’ai eu le droit à des rires et de l’incompréhension. Ils ont sûrement dû prendre ça pour une de mes nouvelles lubies, ou une attaque. Mais s’en était rien. C’était plutôt le contraire, c’est moi et moi seul qui me sentait agressée.

Avec le temps ça s’est empiré. Jusqu’au jour où j’ai décidé de ne plus manger à table avec eux mais dans ma chambre seule. Je me suis écartée de ma famille mais j’étais tranquille. Evidemment je n’ai pas été prise au sérieuse. C’était moi qui faisait des manières, moi qui embêtais mon monde et qui gâchais les moments de repas. Je me suis renfermée. Ils n’ont donc pas fait d’efforts, ou très peu et sans chercher à comprendre. Je vous laisse imaginer mon état d’énervement lorsque dans une file d’attente la personne devant moi mastique un chewing-gum la bouche ouverte.

« Une fois engagée dans le trouble de misophonie, un cercle vicieux s’enclenche et la personne devient plus attentive et par le fait même plus affectée. La misophonie apparaît à un très jeune âge, durant l’enfance, ou pendant l’adolescence, et s’aggrave avec l’âge? »

C’est un état incontrôlable. La colère m’envahit au plus haut point. J’ai littéralement envie de prendre la tête de la personne en face de moi, peu importe qui elle est et de l’éclater jusqu’à ce que la mâchoire soit défoncée. Les mots sont forts mais sans retenus c’est réellement ce que j’ai envie de faire sur le moment T.  Je me met dans des états pas possible. Et pourtant j’aimerais que ce soit plus simple, moins ahurissant mais c’est plus fort que tout.

« Les individus atteints de misophonie sont le plus souvent agacés, voire enragés par des sons spécifiques, des bruits dits « normaux » mais ne sont pas agacés par les bruits qu’ils produisent eux-mêmes. Les sons spécifiques provoquent des émotions négatives (colère, haine, dégoût) et de fortes pensées négatives visant à faire arrêter la source du son. Les sons problématiques sont souvent des bruits considérés comme « normaux » et « quotidiens », et sont en général de faible intensité. Ces quelques exemples de sons spécifiques incluent : l’aspiration de liquides (slurp), raclement de gorge, se couper les ongles, se brosser les dents, mâcher de la glace pilée, manger, boire, déglutir, respirer, renifler, parler, éternuer, bâiller, l’eau de la douche qui coule, marcher, mâcher un chewing-gum, rire, ronfler, taper sur un clavier d’ordinateur, tousser, fredonner, siffler, chanter, dire certaines consonnes ; ou des sons répétitifs ; mais aussi le clic de la souris d’ordinateur, le tic tac de l’horloge. »

Depuis que j’ai déménager ça va évidemment mieux, mes proches savent que je ne supporte pas et en ce qui concerne mes filles j’essaie de faire un effort tout en leur expliquant qu’elles peuvent limiter leurs bruits de bouche en la fermant. Et le soir je mange seule, les repas sont donc tristes mais moins pesant.

Il y a quelques années j’ai découvert que ce que je vivais était un réel trouble neuro/psychologique et non une folie de ma part. J’ai beau prendre sur moi ça n’est donc pas dépendant de ma volonté. Et bien figurez-vous que bizarrement ça m’a soulagé d’apprendr que c’était un dysfonctionnement.

« Les misophones peuvent ressentir des symptômes physiques comme la transpiration, la tension musculaire, et même un rythme cardiaque accéléré. Certains sont également affectés par des stimuli visuels, tels que des mouvements répétitifs des pieds ou du corps, des gigotements, ou le mouvement qu’ils observent du coin de l’œil ; cela est appelé misokinesia, signifiant la haine du mouvement10. Une intense anxiété et un comportement d’évitement peuvent se développer, ce qui peut conduire à une diminution de la socialisation. Certains individus sentent la compulsion d’imiter ce qu’ils entendent ou voient comme une stratégie d’adaptation16. »

Apparemment aucun traitement n’existe, ce qui ne rassure pas. Il ne me reste donc plus qu’à prendre sur moi. C’est un réel exercice de contrôler l’incontrolable croyez moi.

Alors NON! Nous ne faisons pas chier notre monde volontairement. Non c’est vraiment très difficile de vivre ça. Oui c’est un enfer pour nous mais aussi pour l’entourage qui lui aussi perd parfois patience face à nos accès de colère pour des bruits qui leurs paraissent normaux. Mais s’énerver face à nous n’arrange rien. Des fois juste de voir la personne en face de nous faire un effort nous calme.

OUI on essaie de faire des efforts. OUI on sait que ce n’est pas facile pour vous et on se sent coupable de ce que tout ça engendre mais rappelez vous que c’est INCONTRÔLABLE!

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6 Comments

  • Reply Claudia 4 août 2016 at 7:48

    Comme je te comprends! Ici, c’est de pire en pire… J’ai envie de faire nos repas en famille mais quand j’arrive à table et que les garçons commencent à mastiquer, ça devient insupportable. Et avec l’été, ils mangent des glaces et donc j’ai envie de leur enfoncer dans le nez 😂
    Je ne supporte pas non plus quelqu’un qui siffle mais je ne savais pas que ça venait de la misophonie aussi.

  • Reply Jessou 4 août 2016 at 9:03

    j’ai le meme truc que toi je supporte difficilement les bruits des gens a table! quand il y a du bruit c’est cool parce que je l’entends moins mais quand personne ne parle…brrr

  • Reply LauCha 17 août 2016 at 12:03

    Je ne connaissais pas… Le fait de le savoir doit te soulager d’un côté. Tu es forte et courageuse tu arriveras de plus en plus à contrôler je l’espère. Pour ma part j’ai des acouphènes depuis maintenant 2 ans, ces sifflements de sortie de boîte en continu jour et nuit. La sophrologie m’a beaucoup aidé à ne pas me foutre en l’air. As-tu déjà essayé ?

    • Reply Oriane 2 septembre 2016 at 9:16

      Je n’ai jamais essayé la sophrologie, merci beaucoup du conseil, dès que j’ai un peu de temps je me renseignerais! 🙂

  • Reply Sofhy 1 novembre 2016 at 10:53

    Très intéressant ton article…
    Au boulot, le repas avec mes collègues peut se transformer en torture psychologique avec leurs bruits de mastication… je te comprends à 100% ! Maintenant je pourrai dire haut et fort « je suis misophone, OK? » 😀

    Merci !

    Sofhy
    http://www.sofhy.fr

    • Reply Oriane 2 novembre 2016 at 9:39

      Effectivement, on est beaucoup plus qu’on ne le pense. Si ça devient insupportable et que ça empathie sur ta vie de tous les jours alors il y a de fortes chances pour que tu puisses te décrire comme « misophone ».

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